Home > actualites > Le procès de Vital Kamerhe déchaîne les passions en RDC

VINCENT GEORIS 11 mai 2020 16:37

Le procès de Vital Kamerhe, le puissant chef de cabinet du président congolais Tshisekedi, s’est ouvert ce lundi à Kinshasa en pleine pandémie de Covid-19. Accusé d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars, Vital Kamerhe a promis de « faire toute la lumière » lors d’un procès dont il a demandé la retransmission en direct.

Quelques tables sont dressées en plein air sous un soleil de plomb, dans l’enceinte la prison de Makala, à Kinshasa. Magistrats, avocats, accusés et public, abrités sous des bâches, portent des masques chirurgicaux. Le procès de Vital Kamerhe, le chef de cabinet du président de la RDC, s’ouvre dans une ambiance électrique, en pleine pandémie de Covid-19.

Après plus d’une heure de débats, l’audience est reportée au 25 mai pour devoirs complémentaires. Le tribunal doit aussi examiner une demande de libération provisoire de Vital Kamerhe pour raisons de santé. La décision tombera dans les 48 heures.

La scène est retransmise en direct sur la chaîne d’État RTNC. C’est une première en République démocratique du Congo, où l’arrestation, l’emprisonnement et le procès, historique, de Vital Kamerhe déchaînent les passions depuis un mois sur fond de rumeurs. Opération mains propres orchestrée par Félix Tshisekedi pour les uns, assassinat politique d’un allié trop encombrant pour les autres.

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La retransmission du procès a lieu à la demande de l’accusé, qui souhaite « faire la lumière » publiquement sur les chefs d’accusation.

Accusé de corruption
Vital Kamerhe, le « faiseur de rois » en RDC, est accusé d’avoir détourné plus de 50 millions de dollars prévus pour les « travaux des cent jours », le programme d’urgence initié par Félix Thisekedi lors de son arrivée au pouvoir en 2019.

4.500
MAISONS PRÉFABRIQUÉES
L’homme d’affaires libanais Samih Jamal devait livrer 4.500 maisons préfabriquées à Kinshasa pour un montant de 49 millions de dollars.
Deux accusés sont à ses côtés. L’homme d’affaires libanais Samih Jamal dirige deux sociétés qui devaient livrer 4.500 maisons préfabriquées à Kinshasa pour un montant de 49 millions de dollars. Samih Jamal, âgé de 82 ans, atteint du Covid-19, semblait épuisé lors de l’audience.

Jeannot Muhima, le troisième accusé, chargé d’import et export à la présidence, est soupçonné d’avoir détourné plus d’un million de dollars dans le cadre du transport et du dédouanement des maisons préfabriquées.

« Des conditions de détention désastreuses »
Vital Kamerhe est très affaibli. Ses avocats ont déjà réclamé sa libération au tribunal et écrit à l’ONU pour appuyer leur demande. Mais le parquet a refusé, arguant « d’indices sérieux » de culpabilité.

« Les conditions de détention sont désastreuses, sans hygiène ni soins adaptés. Vital Kamerhe est emprisonné avec des détenus atteints du Covid-19. Il a maigri de 8 kilos », témoigne une source proche du dossier, « il a subi des menaces de mort, ainsi que son entourage, qui a dû déménager ».

« Vital Kamerhe est emprisonné avec des détenus atteints du Covid-19. »
UNE SOURCE PROCHE DU DOSSIER
Lors de son arrivée au pouvoir, le président Félix Tshisekedi a lancé un plan d’investissement pour moderniser les infrastructures du pays. Des centaines de millions de dollars ont été déboursés, sous la direction de Vital Kamerhe. Les contrats ont été conclus de gré à gré. Très vite, les chantiers ont patiné. La construction de « saute-moutons », des ponts censés détourner le trafic à Kinshasa, est aujourd’hui à l’arrêt. La population grogne.

Le parquet de Kinshasa a lancé plusieurs enquêtes en février dernier, débouchant, entre autres, sur l’arrestation de Samih Jamal. Vital Kamerhe, d’abord entendu comme témoin, a été arrêté le 8 avril.

Pour la société civile, ce procès ne peut masquer les affaires de corruption qui ont eu lieu sous la présidence de Joseph Kabila. Mais après son investiture, Félix Tshisekedi, dont la coalition dépend du parti de Kabila, a annoncé qu’il ne reviendrait pas sur le passé. Vital Kamerhe, qui fut aussi conseiller de l’ancien président, serait prêt « au grand déballage ». Le procès de Vital Kamerhe, qui fut aussi directeur de campagne de Joseph Kabila en 2006, pourrait en appeler d’autres.